Literature and Storytelling Practice Test
•15 QuestionsGervaise traversait le boulevard de la Chapelle, le cœur serré. La pluie fine de novembre, une poussière d'eau glacée, s'acharnait sur ses épaules minces, mal protégées par un châle usé. Devant elle, la masse énorme et noire de l'hôpital Lariboisière se dressait, une citadelle de la souffrance où l'on entrait sans savoir si l'on reverrait le pavé de la rue. Chaque fenêtre allumée semblait un œil jaune et fiévreux, guettant les misères du quartier. C'était là que gisait Coupeau, son homme, depuis la chute de l'échafaudage. Une chute qui avait brisé plus que ses os ; elle avait pulvérisé leur maigre espoir d'une vie rangée, d'une petite boutique à eux, un rêve poli chaque soir à la lueur de la lampe à pétrole.
Les odeurs du boulevard l'agressaient : le relent aigre du vin renversé devant les cabarets, le parfum écœurant des frites qui cuisaient dans une graisse rance, et par-dessus tout, la puanteur sourde du charbon qui imprégnait les murs et les poumons. C'était l'haleine même de la pauvreté, une exhalaison qui vous collait à la peau et vous suivait jusque dans votre sommeil. Elle hâta le pas, non par crainte de la nuit, mais pour fuir cette réalité qui la happait, qui lui niait jusqu'au droit de respirer un air pur. Elle ne regardait pas les visages croisés, des masques de fatigue et de résignation, car elle y aurait vu le reflet du sien, un miroir insupportable de son propre avenir.
Quel sentiment principal motive Gervaise à « hâter le pas » ?
Quel sentiment principal motive Gervaise à « hâter le pas » ?